26 Janvier 2006 LE MONDE

500 millions de pauvres disposent d'un microcrédit

Le microcrédit est-il plus efficace pour lutter contre la pauvreté que l'annulation de la dette ou l'aide publique ? La Banque mondiale a en tout cas dressé, mardi 24 janvier, un bilan positif de l'évolution, depuis dix ans, de ce système qui consiste à octroyer des petits prêts (80 euros en moyenne) à des personnes considérées comme non solvables selon les critères marchands habituels. "La microfinance vit une période passionnante", affirme Elizabeth Littlefield, responsable de ce secteur à la Banque mondiale. Les experts de l'organisation estiment à 500 millions le nombre de bénéficiaires de cette technique de crédit dans le monde ; un chiffre à comparer aux 3 milliards de personnes pauvres que compte la planète. "Le potentiel est énorme et le défi aussi", constatent les économistes de la Banque mondiale. Parmi les succès qu'ils mettent en avant, le Cambodge, où la microfinance était absente il y a quinze ans et qui compte aujourd'hui 17 banques étrangères et cambodgiennes, servant environ 400 000 clients pauvres. Au Kenya, l'Equity Bank ouvre chaque année 18 000 nouveaux comptes pour les démunis. La Banque mondiale se félicite aussi de la multiplication, en Inde et au Brésil notamment, de partenariats entre banques commerciales et chaînes de supermarchés qui offrent des services de microfinancement aux clients. L'organisation cite enfin l'Afrique du Sud, les Philippines et le Kenya où des services bancaires par téléphone portable permettent aux personnes d'accéder au crédit sans quitter leur village. "Les services financiers pour les pauvres ne peuvent résoudre tous les problèmes causés par la pauvreté, soulignent les experts de la Banque mondiale, mais ils peuvent aider à fournir des ressources et un certain pouvoir aux pauvres eux-mêmes pour leur permettre de prendre des décisions quotidiennes. Comme assurer les frais de scolarité, acheter des livres, envoyer de l'argent à des membres de la famille encore plus démunis habitant dans les zones rurales éloignées..." "Et ainsi s'engager eux-mêmes sur la voie de sortie de la pauvreté", ajoutent-ils. C'est en Asie et dans le Pacifique que le microcrédit est le plus répandu. Ces deux régions totalisent 83 % des comptes ouverts dans les pays en développement, soit 17 comptes pour 100 habitants. Viennent ensuite les régions du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord (8 %), l'Afrique subsaharienne (4 %), l'Europe et l'Asie centrale (3 %) et enfin l'Amérique latine et les Caraïbes (2 %). "

Pierre-Antoine Delhommais