29 Mars 2006

:: Au Maroc, le financement solidaire affiche une croissance exponentielle


A ce jour, 600 000 entrepreneurs marocains, dont 75% de femmes, ont bénéficié de prêts de 100 à 500 euros. 50 000 emplois indirects ont ainsi été créés.


Marchands des souks de Marrakech, éleveurs de l'Atlas, mètres de famille de Casablanca... Quelque 600 000 entrepreneurs marocains ont accédé au microcrédit l'an passé. Dans un pays où un habitant sur trois vit au-dessous du seuil de pauvreté, le nombre de bénéficiaires du crédit - 75% de femmes - a triplé depuis 2003. En dix ans, plus de 2,5 millions de prêts, soit plus de 670 millions d'euros d'encours, ont été accordés par les douze associations habilitées par l'Etat, qui se sont substituées aux banques auprès des exclus. Cinquante mille emplois interdits ont également été crées. Un secteur en pleine croissance (50% par an), tant les besoins de la population sont importants. "Seuls 20% des adultes marocains sont bancarisés", constate Fouad Abdelmoumni, directeur d'Al Amana, première institution de microfinance du pays avec un millier de salariés et 363 agences. "Avec des pêts de 100 à 500 euros en moyenne, le microcrédit sert lesz besoins les plus basiques de la population marocaine."

:: Lutter contre la pauvreté

Là-bas, les microcrédits prennent encore souvent la forme du prêt solidaire, octroyé à un petit groupement qui se porte garant en cas d'impayé. Une méthode qui a fait ses preuves: au Maroc, le taux de remboursement dépasse 98%.

Après avoir consacré leurs éfforts aux citadins, les institutions de microcrédit marocaines-financées par le Palais mais, surtout, par la coopération internationale (Pnud, Usaid, AFD) et les banques-s'attellent depuis quelques années aux compages, où vit 44% de la population. En allant sur les marchés, en créant des guichets, Al Amana s'efforce désormais d'atteindre les zones rurales les plus clairsemées. Cinquante-six mille prêts ont été accordés l'an passé en milieu rural par l'associuation, presquequatre fois plus qu’en 2004.

Dans cet effort, les associations – menées par Al Amana, Zakoura et la Fondation des banques populaires – peuvent désormais compter sur l’engagement fort du royaume. « Dans le grand programme de lutte contre la pauvreté lancé par le roi en mai 2005, le micro-crédit est considéré comme une priorité », rappelle Sébastien Duquet, directeur exécutif de PlaNet Finance Maroc, qui apporte son expertise aux institutions du pays.

Reste que l’action des associations marocaines est fortement contrainte par un cadre réglementaire et législatif très strict qui limite le montant (inférieur à 50.000 dirhams, soit 5.000 euros et la nature des services financiers proposés. Même si l’offre s’est tendue, depuis peu, aux prêts-logements.

Au Maroc, la diversification des services – à l’épargne et à l’assurance – reste l’enjeu pour demain, afin de toucher de nouvelles catégories d’exclus. Pour PlaNet Finance Maroc, « il faut désormais passer du micro-crédit à la microfinance »